klinkenberg_02_2011_14

A quelles conditions peut-on parler de négation

dans limage?*1

Jean-Marie Klinkenberg

Aux mânes dÉmile Zola,

et pas à cause des contes à Ni-non.

Des conclusions ont pour but de pointer les convergences qui se sont manifestées au cours dun colloque, mais aussi les lignes de clivage qui se sont révélées, afin de contribuer à la description du status quæstionis, voire de mettre au clair la structure du champ disciplinaire au moment de la rencontre. Mais elles peuvent aussi avoir pour objet lapport collectif à la problématique: au delà des réponses que chaque communication donne aux questions particulières quelle pose, peut-on considérer que le problème soumis aux participants par ceux qui ont pris la responsabilité de proposer le thème de la rencontre a reçu collectivement des solutions faisant avancer la réflexion sur ladite thématique? Des solutions qui devraient constituer un socle autorisant par la suite de nouvelles avancées, et qui nauront dorénavant plus à se reformuler ab ovo (pour continuer à parler latin)... Conclure, ici, sapparente donc à une autre pratique: lévaluation. Or cette évaluation était dautant plus importante dans le cas précis de ce colloque que son programme formulait une demande ciblée, bien explicitée par son titre: Limage peut-elle nier?

Je remplirai ma première fonction en affirmant quon peut assurément repérer un certain nombre de convergences thématiques ou conceptuelles, sur lesquels je vais revenir et que ce nombre est rassurant. Mais, lorsque je veux macquitter de ma seconde responsabilité, force mest de constater que le travail commencé à Liège est très loin dêtre terminé. Répondre à la question de savoir si limage peut nier na été le projet principal que dune petite proportion des communications (au premier rang desquelles je situerai celles de Gian-Maria Tore, de Maria Giulia Dondero, même si des éléments de réponse se trouvent aussi chez dautres, comme Odile Le Guern ou Sémir Badir). Elle na du coup pas vraiment reçu de réponse collective solidement argumentée. En repérant les convergences, je tenterai dapporter ma contribution à cette problématique, en remerciant tous les participants pour les suggestions quils mont faites sans le savoir.

1. Nier? Prédiquer?

1.1. Des questions préjudicielles

       Cette retenue sexplique sans doute par le fait quune question préjudicielle a très peu été posée, du moins explicitement. Cette question est la suivante: quest-ce quune négation? Jentends: quest-ce quune négation en général? Question quil est nécessaire de poser pour appliquer avec pertinence le concept à limage tant que la négation par ladite image na pas reçu une définition stable et pouvant faire consensus. Quest-ce que ce concept recouvre? A quelles conditions peut-on lutiliser pour traiter des sémiotiques visuelles en se prémunissant contre les confusions?

Cette première question sadosse à une autre: la négation semble liée à la prédication, au point que certains font même de la seconde une condition de la première. Dès lors, il faut aussi se demander si limage peut prédiquer. A cette seconde question, il a parfois été répondu. Mais ces réponses vont en sens divers: oui pour M. G. Dondero et Jean-François Bordron, non pour O. Le Guern. Mais les uns et les autres nont eu ni la possibilité ni le temps de confronter leur argumentation pro et contra (leur objet nétait dailleurs pas là)2.

Faute de poser la première question explicitement, les participants se sont fondés sur des définitions implicites de la négation. Et celles-ci sont tellement divergentes quel­les ont abouti à la quasi-dilution du concept de négation. Jai en effet été frappé par le fait que dans nombre de communications la négation était un élément dun paradigme dans lequel on trouvait aussi altérité, opposition, dissimilitude, différence, antino­mie, dénégation, distinction, déceptivité, inversion, renversement, dédoublement, change­ment: tous termes qui ne sont assurément pas synonymes. Certains dentre eux renvoient à un effet (comme déceptivité), dautres à une relation structurelle (comme opposition), dautres encore à ces deux types de phénomènes simultanément. Mais ce nest pas tout: on a encore eu «le caché», «le manque», «le mystère»… Et des phénomènes perceptifs comme les bistabilités ou rhétoriques comme les substitutions et les permutations ont aussi pu être considérées comme des négations.

Il importe donc de mettre de lordre dans ce foisonnement. Et une intervention de Sémir Badir me donne loccasion de préciser cette nécessité. Commentant la communication de Carolina Lindenberg Lemos à laide dune intuition de Zilberberg, S. Badir suggère que la relation entre deux termes a et b peut elle même être prise dans une négation avec le «terme complexe». Jobserve que cest là tenir une position à la fois très stricte la première relation est nécessairement de complémentarité, et conforme à la définition logique de la négation, que je vais rappeler ci-après et une très ouverte, puisquelle fait une négation de ce qui apparait comme une relation dhyperonymie ou une relation dialectique. Or ces relations (comme celle du tout à la partie, de la partie au tout, ou celle dhyponymie) ont peut-être intérêt à conserver leur spécificité, sans se diluer dans une catégorie trop vaste qui serait une relation de négation trop largement comprise.

Comme G.M. Tore, dont jai apprécié le niveau dexigence épistémologique, je pense donc et je pense ce genre de choses depuis des décennies (cfr. Klinkenberg [1996]) quil faut poser la question de la négation dans le cadre dune sémiotique générale dans laquelle aucune sémiotique particulière ne devrait être ou privilégiée ou méprisée, et quil faut gérer avec une extrême prudence les transferts terminologiques des unes aux autres3. Il est donc indispensable davoir connaissance des concepts élaborés dans les sémiotiques où ils sont déjà établis, sans que ceci signifie quon les privilégie pour la cause. Cest nécessaire tout simplement parce que ces définitions «institutionnelles» de la négation ont pesé, quon le veuille ou non, sur les définitions «sauvages» à lœuvre dans ce colloque.

Je dois donc rappeler cursivement les valeurs logique et linguistique du concept, lesquelles nont été exploitées explicitement que par de très rares intervenants, parmi lesquels Philippe Lombard et Jean Winand, mais qui ont sans nul doute influencé nos débats.

1.2. Dépasser les modèles de la logique et de la linguistique


       En logique, les choses sont simples: la négation est un opérateur unaire (ne portant que sur un argument) qui renverse la valeur de vérité de son opérande. Les deux éléments importants de la définition sont ici «valeur de vérité» et «opérateur»: un opérateur est par définition extérieur à lopérande, et sa présence justifie quon traite la négation en termes de syntaxe.

La valeur linguistique du concept semble à première vue assez proche de la précédente: dans nombre de langues, on peut en effet renverser la valeur de vérité dun élément de lénoncé à laide dun opérateur (comme «ne… pas» en français). Mais «négation» renvoie en linguistique à une gamme de phénomènes bien plus étendue, et il faut savoir gré à J. Winand de lavoir rappelé. Cest en effet une opération qui consiste à appliquer une transformation à une phrase ou à un constituant dénoncé, transformation qui sur le plan non point sémantique mais pragmatique a la répercussion suivante selon Quine (1960): transformer lénoncé qui incite à lassentiment en un autre qui incite au dissentiment, et vice versa.

On note donc immédiatement que la négation linguistique est un phénomène très différent de la négation logique. En simplifiant beaucoup, les différences sont au moins au nombre de cinq: (1) dans le linguistique, on nest pas dans le tout ou rien, cest-à-dire dans la complémentarité (au sens mathématique du terme: le complémentaire dune partie X dun ensemble E est constitué de tous les éléments de E nappartenant pas à X); (2) la négation ny concerne pas que les propositions, mais peut affecter les constituants dénoncé, dont la nature et les dimensions varient selon les langues: on peut nier un circonstant ou une modalité, comme la rappelé le même Winand; (3) elle ne concerne pas non plus les seuls énoncés assertifs: la transformation peut parfaitement affecter les énoncés interrogatifs ou impératifs; (4) la transformation ne sopère pas nécessairement par une marque syntaxique: elle peut advenir grâce à des marques lexicales, ou morphologiques; (5) les contenus sémantiques de la négation linguistique ne peuvent être appréhendés de manière simple (elle ne se limite donc pas à renverser la valeur de vérité); ce qui explique quon les définisse par leurs effets pragmatiques.

En guise de synthèse provisoire, je note ce qui aura son importance pour la suite que la négation est nécessairement une opération nécessitant deux éléments (mais cest une dyade différente de celle de la logique, où la avait opérateur + opérande): comme il sagit dune transformation, lopération implique un transformat et un transformé. Contrairement à ce qui a pu être avancé, on ne peut en effet concevoir une négation qui ne serait pas négation de quelque chose.

Le spectaculaire élargissement que lon observe lorsque lon passe du logique au linguistique suggère que la conservation en sémiotique du caractère strict que le concept de négation absolu a en logique, tant sur le plan syntaxique que sur le plan sémantique, nest pas un impératif absolu.

Il suggère aussi quune théorie de la prédication nest pas indispensable pour résoudre la question de la négation iconique. On note dailleurs en effet deux choses à propos de la prédication.

1) La première est que la prédication na pas dans la doxa sémiotique la valeur stricte que le concept a en logique, mais présente un spectre dapplication plus large. Je rappelle que selon Greimas (1966), les syntagmes font nécessairement apparaitre un certain nombre de dichotomies classématiques, dont lune est lopposition discret/intégré. Pour lui, un séme discret apparait posé comme objet unitaire et substantiel: ce sera un actant. De même un séme intégré est un ensemble de déterminations sémiques, quil appelle prédicat. Un message émentaire sera donc constitué par un actant combiné à un prédicat. Le prédicat na pas ici le sens quil a dans la logique scholastique de qualité que lon attribue à un sujet à laide dune copule, mais se rapproche du SV.

2) Dautre part, on doit sans doute dépasser même cette conception de la prédication. La proposition déjà ancienne de Greimas formalisait en effet, en la dépassant, la conception prédicative du langage (clairement exposée par Pradines [1948]), dont on sait aujourdhui quelle était trop étroitement liée à la grammaire classique élaborée pour rendre compte des langues indoeuropéennes. Sans doute est-il plus prudent dè­largir la perspective, et dutiliser la terminologie thème-rhème.

2. Négation ou négativité?

       On est donc fondé à élargir la notion de négation. On peut par exemple lappliquer non seulement aux relations de complémentarité, mais aussi à celle de contrariété. Toute la question est de savoir jusquoù on peut élargir la relation de négation, sans la diluer dans une catégorie trop vaste, où elle se confondrait avec dautres relations utiles: et donc de rechercher, comme le suggère Winand (qui mobilise ici la notion de prototype), un noyau dur pertinent.

Il faut donc refermer quelque peu léventail que mon constat du § 1 avait montré bien ouvert. Et pour cela observer également le niveau où se situent les relations auxquels ces termes renvoient. Et lon peut ici distinguer trois niveaux: celui du système, celui de lénoncé et celui de lénonciation. Commençons par le premier.

Quelques uns parmi les intervenants parlent de négation lorsque les éléments présents dans une image peuvent être décrits à laide de systèmes construits sur la base doppositions. A la suite de Sartre, J.F. Bordron nous dit ainsi que la négation est consubstantielle à limage, quelle gît dans sa structure même, parce quelle porte une absence. Cette idée est aussi présente chez Carolina Lindenberg et chez Marion Colas-Blaise. Et elle constitue assurément une preuve de la difficulté que lon a de concevoir la négation dans le visuel.

Mais superposer la négation et la différence est problématique. En effet, on ne fait là que confirmer la doxa sémiotique, bien établie depuis Saussure et Hjelmslev. Elle énonce que le sens se construit sur la base doppositions, et il est des lors normal que chaque élément présent soit pris, dans labsolu, dans ce jeu doppositions. Dire que ces oppositions ont un caractère négatif et que lon a par conséquent une négation dans les énoncés où ils sont mobilisés relève presque du jeu de mots. Il ne faut pas confondre en effet cette négativité constitutive des systèmes qui est une stricte complémentarité et la négation comme acte dénonciation ou comme trace dans un énoncé. De même, constater que les objets de notre perception se présentent dans leur individualité parce quun contraste les a isolés du continuum doù nous les avons extraits en le discrétisant, cest se référer aux bases des mécanismes de la perception qui, par les mécanismes de seuillage que le Groupe µ a décrit en plusieurs reprises (cfr. Groupe μ [1992], [2004] et [2011]), joue de lidentique et du différent. Mais cette différence, qui indique le lieu exact où le sens se densifie, ne gagne pas à être qualifiée de négation. Car ce serait dire que le monde du sens, dans son intégralité, se résorberait dans la négation.

On sinterdira donc de superposer négation et négativité, fait de parole et fait de langue. La négativité nous dit beaucoup de choses sur lorganisation du système qui donne sens aux images comme au monde, mais ne nous dit rien sur le pouvoir qua limage dexprimer une négation. Lorsque M.G. Dondero nous exhorte à ne pas confondre positivité avec affirmation («Limage naffirme pas ce quelle met en scène, ne lassume pas pleinement», nous dit-elle), cest à bon droit. Mais de ce que limage naffirme pas, on peut aisément déduire quelle ne ninfirme pas non plus. Et si lon ne doit pas confondre positivité et affirmation, cela implique quon ne doit pas confondre négation et négativité.

3. La négation dans lénoncé

Restent donc les cas où limage exprime bien la négation. Ce quil y a de commun à tous ces cas, cest lexistence dune relation entre deux éléments que lon peut décrire comme une transformation (transformat et transformé) entrainant les conséquences pragmatiques envisagées plus haut. Mais ici encore une distinction simpose, car il faut rendre compte de deux types de configurations.

Dune part, il y a les cas où cest à lintérieur même dun énoncé visuel que cette relation sétablit. En termes simples, je vise les cas où un élément nie un autre dans lé­noncé. Dautre part sont les cas où cette relation de transformation sétablit depuis lextérieur de lénoncé: lorsquune voix venue de cet extérieur dit «cet énoncé visuel ment» ou dit «je dis le contraire de ce que dit cet énoncé». Je vais revenir ci-après (§ 4) à cette seconde famille de cas.

Dans les premiers, il faut se montrer prudent. Comme on la déjà suggéré, toutes les stratégies fondées sur la présence dans lénoncé de valeurs contradictoires ou complémentaires ne sont pas nécessairement des négations.

Prenons deux exemples concrets. Je prendrai le premier chez Caroline Jullien, qui nous montre des images jouant sur le thème de linfini. La thèse est ici que linfini se définit comme négation du fini; et on est bien ici devant la définition dun complémentaire (constitutif de la définition de la négation en logique). Commençons par noter que la relation de complémentarité est symétrique: le fini peut donc être décrit comme le complémentaire (la négation?) de linfini. Cette opposition structurante est une donnée de base. Mais les énoncés où ces deux valeurs sont convoquées et actualisées produisent-ils pour la cause une négation? Ce à quoi nous font assister ceux qui ont été commentés, ce sont plutôt aux efforts pour produire une représentation de linfini par des moyens finis, la contrainte technique incontournable étant le caractère nécessairement fini de la représentation. Lobjectif nest évidemment pas de nier linfini au sens où on ren­verserait la valeur de vérité de lopérande que serait linfini: en termes vulgaire: de dire quil nest pas vrai , ni même de lévacuer, cest bien plutôt de montrer le chemin qui va vers ce «conçu» (je vais revenir à ce terme) au moyen dune représentation finie. En guise de provocation, on pourrait dire que, plutôt quune négation, nous avons une double affirmation. Autre exemple: nombre dénoncés de gags cinématographiques finement analysée par G.M. Tore nont pas pour objectif de nier, cest-à-dire de rendre présente une opération de négation, mais de surmonter une opposition (dans Mon oncle, celle du fauteuil et du canapé, du solide et du fragile). Certes, cette opposition est le présupposé encyclopédique de lopération, et elle est donc manifestée, mais elle nest pas assertée, et nest donc pas lobjet de lénoncé.

Il nen reste pas moins quun fort noyau de phénomènes textuels peuvent être décrits comme des négations. Ils se laissent tous ramener à un schéma général, dont les cas particuliers ont été illustrés par de nombreux intervenants. Ce schéma répond aux conditions suivantes:

1) lénoncé doit être poly-isotope (cfr. Groupe µ [1977]). Jai insisté plus haut sur la nécessaire dualité comme éléments du noyau dur du concept de négation;

2) parmi les isotopies présentes, deux au moins doivent se présenter dans une relation de contradiction.

Les techniques permettant la production de cette poly-isotopie sont nombreuses. Jen énumère ici quelques unes, que les exposés du colloque ont illustrées.

1) Mobilisation de «sémiotiques à négation». Un premier procédé consiste à introduire dans lénoncé des éléments provenant de sémiotiques possédant des opérateurs de négation dans leurs ressources. Ce type de négation affecte donc, par définition, des énoncés pluricodes (cfr. Klinkenberg [1966] et [2008]).

Le texte de présentation du colloque a pointé ces cas, tout en soulignant que cétaient les plus aisés à manipuler et peut-être les moins intéressants: «En dehors des cas triviaux dusage dun symbole ou quasi-symbole (croix, barre oblique, couleur rouge, etc.), les formes de négation de limage sont toutes “indirectes”»4.

Il nen reste pas moins que ces techniques sont très présentes, et relativement variées. Elles vont de la mobilisation du langage verbal (cfr. Klinkenberg [2008]) dont lexemple achevé est le fameux Ceci nest pas une pipe, commenté par Bernard Vouilloux à celle de signes spécialisés, comme ces opérateurs de négation affectant des hiéroglyphes à fonction idéographique du type de ceux qua analysé Valérie Angenot (transpercements, brisures). De telles procédures peuvent dailleurs également «introduire la prédication au cœur de limage», selon la belle formule de Bordron.

       2) Mobilisation dun récit. Un récit peut produire la transformation qui définit la négation. Or, la temporalité une caractéristique majeure du récit peut être injectée même dans limage fixe, comme la montré le Groupe µ (1997). Gian Maria Tore a montré, dans les gags cinématographiques quil analyse, de beaux exemples de segments discursifs à fonction négative. Le récit permet de manifester des propriétés qui, sans lui, ne seraient que virtuelles (par exemple le trait «fragilité» dune carafe ne sactualise que sil y a une transformation narrative: lorsque nous la laissons tomber et quelle se brise; ou lorsquà linverse elle ne se brise pas lorsque nous la laissons tomber…).

       3) Enchâssements. Les enchâssements, dont on raffolait naguère en les nommant «mise en abyme» ou «tableau dans le tableau», permettent que des contradictions sétablissent entre lénoncé enchâssé et lénoncé enchâssant. Or ces phénomènes sont nombreux. Ils peuvent aller jusquà comprendre es configurations spatiales complexes (comme le musée lui-même, qui joue un rôle déterminant dans lallocation de sens, ainsi que la montré lanalyse dune installation par Carolina Lindenberg; mais cfr. aussi Groupe µ [2002]).

4) Partitions. Très proche de la technique de lenchâssement est celle des partitions, permettant la production dénoncés clivés. On peut facilement mobiliser une contradiction à lintérieur dune image au prix de ce clivage. Cest ce quont fait voir Dondero et Lombard avec leurs images dédoublées ou fragmentées: la relation entre les sous énoncés peut établir des relations de contradiction, qui sont des oppositions fondatrices actualisées: soliloque vs dialogue, etc.

Dautres techniques existent encore, dont certaines nont pas été analysées dans les communications au colloque. Par exemple, la contradiction interisotopique peut mobiliser des isotopies du contenu dune part et des isotopies de lexpression de lautre. Cest lexemple dun paysage dhiver qui serait peint en couleurs chaudes.

Toutes ces techniques doivent être considérées comme des embrayeurs de négation: lenchâssement ou la partition ne produisent pas ipso facto la négation, mais produisent seulement une des conditions nécessaires pour lapparition de celle-ci: la poly-isotopie.

4. La négation par lénonciation

Dans son introduction à nos travaux, M.G. Dondero disait que la négation dans limage était une question nouvelle, ayant certes largement percolé dans tous les travaux sémiotiques de ces dernières années, mais qui se voyait posée explicitement pour le première fois.

Au risque dêtre immodeste, je voudrais rappeler quen 1978 déjà, dans un dossier sur lironie paru dans la revue Poétique, le Groupe µ avait publié un travail intitulé Ironique et iconique. Or dans lironie, la négation au sens élargi que jai prévu, incluant la contrariété est bien impliquée. En effet, lironie est un cas particulier de double sens, se définissant par la formule: «en énonçant x, A veut faire entendre non pas non-x mais le contraire de x». Dans cet article, nous pointions déjà la difficulté que présente la mobilisation de la contradiction dans limage. Et les réponses que nous formulions alors me rappellent ce passage important du texte de présentation du colloque: «Les spécificités sémiotiques les plus utiles à la description de la négation dans limage nous paraissent relever de ce quon a coutume dappeler lénonciation».

Confirmant par avance cette affirmation, nous montrions déjà que létude de lironie nétait possible que moyennant une considération des modes de lénonciation iconique. La structure antiphrastique constitutive de lironie ne sétablit que par la considération des modalités énonciatives: «Alors quen régime linguistique lironie est en principe in absentia, il semble que limage en fasse plutôt une figure in præsentia. […] Limage ironique procède assez systématiquement sur le mode de la double énonciation  […], cest-à-dire quelle fonctionne à partir de deux discours dont lun “dit” lautre. Limage ironique constitue un énoncé rapportant, sinon contenant, explicitement ou implicitement, un autre énoncé. […] La structure antiphrastique de la figure tend, dans limage, à sassumer dans le jeu contradictoire de deux positions de discours».

On retrouve donc ici ce qui aura été une des constantes de ces journées: le clivage énonciatif rejoint la «duplicité modale» de Dondero, la «double énonciation» dOdile Le Guern ou encore le «double regard» de Lombard.

Et Le Guern daller plus loin en soulignant le rôle capital assumé par lénonciataire dans ce processus de dédoublement: «Il ny a de négation pour celui-ci que quand il est en mesure de rétablir laffirmation qui en est le présupposé nécessaire» précise-t-elle. Nous-mêmes soulignions que «toute lefficace du procédé [ironique] vient de ce que lune de ces positions, lextradiégétique, a pouvoir sur lautre, son objet» (cfr. Le Guern [1978]: 433-434): «cest seulement dans le procès de lecture de lensemble de limage que se réalise la mise en rapport (ironique) des pôles antonymiques. Leur coprésence nexiste réellement que là».

Doù limportance du métasémiotique bien pointée par Dondero. Et il est frappant que dans beaucoup dexemples allégués au cours de ce colloque, la négation a résidé dans le discours qui a permis danalyser limage, et non dans cette dernière.

5. Enoncés et séries

Avec lénonciation, nous sortons de lénoncé. Et nous pouvons généraliser ce qui vient dêtre dit à son propos et à propos de techniques comme lenchâssement.

Au cours de ces journées, une autre convergence est en effet apparue dans la description des mécanismes embrayeurs de négation: le fait que quand une image nie, elle nie toujours quelque chose qui lui est extérieur ou qui la dépasse. Si pour certains elle ne semble possible que moyennant linsertion dans cet ensemble plus vaste, il faut voir là une conséquence plutôt quune cause: linsertion dans lensemble est une des conditions de production de la négation. Ce thème de linsertion dans un ensemble est revenu à bien des reprises au cours du colloque: par exemple chez Bordron, Beyaert, et spécialement chez Marion Colas-Blaise.

Cet ensemble englobant peut être de deux types. Ce peut être:

1) la série dans laquelle limage sinsère: série générique, série stylistique, série sociale, série historique… Certaines caractéristiques de limage peuvent contredire le trait reconnu à la série, ce qui lapparente à la négation. Notons quelle doit pour cela comporter deux sous-ensembles de marques: dune part des marques de conformité, autorisant linclusion dans la série; de lautre et des marques de non-conformité, lécartant de cette série, ou au moins interdisant den faire un membre prototypique de la série: cest le «sabotage» dAnne Beyaert. Lorsque Sémir Badir commente un «anti-portrait» de Magritte, on constate aisément que cet énoncé comporte un ensemble de traits effectivement déviants, mais aussi un autre ensemble qui pousse à évaluer lénoncé par rapport au modèle du portrait. Cest à cet équilibre, fait de conformité et de refus de conformité, que Badir donne le nom de «concession».

2) la sémiotique sur la base de laquelle elle est supposée être performée. Ici encore, limage doit présenter deux sous-ensembles en équilibre : le premier doit permettre de reconnaitre son appartenance au paradigme des énoncés performés sur ce critère, le second devant mettre cette appartenance en question.

Dans les deux cas, ce qui est qualifié de négation réside dans le rapport qui sétablit entre le type et loccurrence.

Or ce rapport ne peut être utilement traité quen termes de normes et de déviations (cfr. Merton [1966]). La préoccupation de la négation introduit ainsi dans nos propos une dimension historique (bien présente chez Colas-Blaise ou chez Vouilloux) et sociale quon na pas lhabitude dy voir. Cest que les normes sociales, très présentes dans le discours sémiotique, ne le sont quimplicitement, car leur explicitation serait doublement suspecte. Suspecte tout dabord aux yeux dune discipline sur laquelle pèse lourdement une tradition de pensée essentialiste. Suspecte ensuite aux yeux de lidéologie de la modernité, qui domine lesprit des spécialistes des arts depuis le XIXème: on sait que pour eux «le poète est semblable au prince des nuées», et que son destin est précisément déchapper aux normes5. Mais la mobilisation de ces normes est bien nécessaire pour que lon puisse concevoir lécart quest la négation.

Les travaux présentés au cours du colloque montrent bien que lon peut envisager nombre de niveaux dans la constitution des séries: depuis lensemble potentiellement infini des énoncés performés dans une sémiotique donnée, jusquà des micro-séries comme la paire dénoncés juxtaposés ou encore le couple recto-verso (cas exemplifiés par Dondero). Limportant étant ici quexistent des indices de leur sérialité. Si on admet cette conception minimaliste de la série, cest ici aussi quauraient pu prendre place les partitions dimages envisagées au § 3.

6. Rhétoriques, médiations

A travers des terminologies nouvelles et éclatées, on a retrouvé, tout au long du colloque, la problématique de lécart, qui, tout au long du XXème siècle, a accompagné les développements de la stylistique et de la néorhétorique: il fut ainsi question de déplacement, de bougé, de déviation; ce furent aussi le renversement, la transgression, le reniement, le scandale, ou encore le sabotage dA. Beyaert.

Ceci nous ramène donc à la rhétorique, qui a été très présente au cours de ces journées, parfois plus furtivement, comme chez Angenot ou Bordron, parfois subtilement, comme chez Lombard avec la métalepse ou chez Tore, avec une typologie des phrases parmi lesquelles on trouve la réfutation, dautres fois encore massivement, comme chez Caroline Jullien, qui ma fait plaisir en noubliant pas la synecdoque aux côtés de la métaphore, plaisir que na pas manqué de me faire également Sémir Badir. Et présente, la rhétorique la été sous ses deux espèces: la rhétorique figurale (au sens où cet adjectif dérive de «figure»: cfr. Badir et Klinkenberg [2008]) et la rhétorique argumentative.

Or la rhétorique toutes orientations confondues est bien la discipline soccupant de la gestion des différences.

Si nous considérons la rhétorique de largumentation  et soit dit en passant je rappelle que largumentation dans limage a été le thème du dernier congrès de lAISV, tenu à Venise en 2010 (cfr. Migliore [2011]) , je rappellerai que Michel Meyer (2008), à la suite de Perelman (1958), la définit comme la discipline étudiant la gestion des différences, ou encore les  distances entre les partenaires. Largumentation consiste toujours en une renégociation dune opposition, dans laquelle les termes sont à la fois conjoints et disjoints6. Argumenter, cest réaménager cette opposition, donc recourir à une médiation.

Gian Maria Tore a à cet égard rappelé la formule de Peirce, pour qui la figure permet de surmonter les contradictions. Je préfère quant à moi utiliser le concept de médiation, emprunté à Lévi-Strauss. Pour ce dernier, une part importante de lactivité symbolique humaine consiste à jeter un pont entre les aspects contradictoires de lunivers du sens (linerte et le vivant, la vie et la mort, etc.). Car, bien que ces disjonctions constituent le fondement des échanges sémiotiques, elles nont pas un caractère définitif: une nouvelle conjonction peut sélaborer entre les termes quelles opposent. Grâce à la médiation, les contraires admettent la possibilité que leur contrariété soit rachetée. Une phrase de Lévi-Strauss sur ce processus est restée célèbre: «La pensée mythique procède de la prise de conscience de certaines oppositions et tend à leur médiation progressive» (Lévi-Strauss [1958]: 248).

Or limage est susceptible de présenter une certaine discursivité, qui la rend en principe propre à largumentation, et donc aux médiations. Les médiations peuvent advenir non seulement dans des objets, mais aussi dans des procès auxquels licône peut référer, comme je lai rappelé. Et ici, bien sûr, lallégorie, abordée par Darrault, soffre comme un exemple de choix.

Un corolaire de la tabularité des sémiotiques visuelles est que dans les médiations connues, et décrite ailleurs7, ce sont les immédiates donc les figurales qui sont apparemment les plus aisément réalisables par licône. Et dans les médiations discursives progressives, on peut sattendre à ce que ce soient les narratives qui soient le plus aisément privilégiées: en effet, licône est décidément dépourvue des marques logiques (subordination, coordinations, connecteurs logiques ou dialogiques), réputées les plus aptes à charpenter une argumentation. Mais cest ici que la narrativité prend le relais, pour produire des médiations argumentatives, bien présentes dans les analyses de Tore. Le récit consistant en la production de relations chronologiques, souvent requalifiées en relations causales en vertu du principe post hoc, ergo propter hoc, le récit iconique est en effet potentiellement riche de schèmes rhétoriques. On sait par exemple que dans largumentation par les conséquences, le jugement de valeur porté sur une conséquence est transféré à sa cause. Un schème rhétorique qui est parfaitement réalisable par licône.

Du côté de la rhétorique figurale, je rappellerai que son effet provient de la dialectique entre le degré perçu (ce que Zilberberg appelle habilement le «survenir») et le degré conçu provisoire (qui est lattendu non réalisé, ce qui aurait pu ou dû être mais qui nest pas), le perçu étant une négation de ce conçu (lextrémité de cigare comme «non queue de poisson» dan lexemple de Magritte commenté par Bordron). Cette relation est le premier stade de la figure, avant létablissement du sens dialectique. Cest sans aucun doute celui-ci qui importe dans la figure (comme compte principalement le dépassement de lopposition entre le fini et linfini, entre le fragile et le solide dans les exemples allégués plus haut). Mais ce stade oppositionnel négationnel? est son soubassement indispensable.

En conclusion, une définition de la négation dans limage ne saurait être de type essentialiste: elle doit simplement être un instrument apte à rendre des services dans lanalyse. Elle ne doit donc pas être simplement un nouveau nom venant baptiser des phénomènes déjà bien connus et décrits sous un nom institutionnalisé (par exemple les oppositions constitutives). Pour rendre les services quon attend delle, elle doit se situer quelque part entre la définition stricte de la négation en logique, dont lapplication à limage est une chimère, et la dilution totale qui consiste à fédérer sous son drapeau toutes les relations dopposition, de contraste, de différence, de disproportion, danti­nomie, de contrariété et, à la limite toutes les relations syntagmatiques paradigmatiques possibles.

Je propose dès lors tout simplement de la limiter à des manifestations sémiotiques, et non à des structures potentielles. A des manifestations ayant pour résultat de produire des faits de poly-isotopie. Les isotopies produites par la récurrence ces unités devant être dans une relation de contradiction…

       Bibliographie

Abastado, C., 1979: Mythes et rituels de lécriture, Complexe, Bruxelles.

Greimas, A-J., 1966: Sémantique structurale. Recherche de méthode, Larousse, Paris.

Groupe µ, 1977: Rhétorique de la poésie, Lecture linéaire, lecture tabulaire, Complexe, Bruxelles.

Groupe µ, 1978: Ironique et iconique, “Poétique”, 36, pp. 427-442

Groupe µ, 1992: Traité du signe visuel, Le Seuil, Paris.

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* Conclusions du Président de lInternational Association for Visual Semiotics en marge du Colloque international Limage peut-elle nier? Explorations dans les domaines artistique et scientifique, Université de Liège, les 15 et 16 décembre 2011.

Cfr. http://www2.academieroyale.be/academie/documents/LImagepeutellenier12809.pdf

2 Oui aussi pour Yvan Darrault-Harris. Mais ce dernier partait dun corpus très particulier: une allégorie. Autrement dit un énoncé qui, même sil était purement iconique, convoquerait un en­semble de discours non exclusivement visuels et où la présence de la prédication peut se vérifier; qui plus est, nous avions ici une allégorie se manifestant dans le cadre très particulier dun énoncé pluricode, où la composante linguistique peut éventuellement (mais on peut et doit en discuter…) apparaître comme produisant une prédication. Cet exemple ne permet donc pas de donner une réponse générale à la question de la prédication.

3 On sait à quels mécomptes a mené lapplication sans précaution du mot «métaphore» à la communication visuelle (cfr. Klinkenberg [1993]).

4 Le floutage pouvant peut-être constituer une manifestation plastique de ces marques, comme le suggère Odile Le Guern.

5 On reconnait là le thème bien traité par Claude Abastado ([1979]: 130-131): «Le mythe du Poète, dans la crise que traverse linstitution littéraire au XIXème siècle, est une réponse aux questions que posent les écrivains […]. Quel rôle incombe aux écrivains en face dun pouvoir sans grandeur et dune foule sans visage […]. À ces questions le mythe répond de manière détournée par limage du Poète […]. Le mythe rétablit entre les individus, une hiérarchie que lidéologie humaniste et le droit révolutionnaire tendaient à nier […]; il fait de la littérature une pratique élitaire, une sortie de privilège […]. Le Poète se retrouve seul, coupé de toutes les classes sociales, piégé dans sa négation, condamné au refus et au mépris».

6 Il ny a en effet échange que dans la mesure où il y a à la fois distance et proximité entre les partenaires. Une identité totale supprime tout besoin de communication, et celle-ci est impossible dans le cas dune altérité totale.

7 On peut distinguer les médiations symboliques ou archétypiques, impliquant des objets (le pain, le vin, larbre) ou des procès (le vol, le labour, le jeu, le sport, la création artistique, la domestication, la libation, le coït, lingestion…), que ces objets ou procès soient ou non repris par des énoncés verbaux ou iconiques, et des médiations discursives. Ces dernières peuvent être immédiates ou progressives. Les immédiates sont bien représentées par les figures, les progressives par le récit ou largumentation. Cfr. Groupe µ [1977], Klinkenberg [1996].



DOI: http://dx.doi.org/10.13128/Aisthesis-10998



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