Cromohs 2005 - Minuti - L'image de la Russie dans l'oeuvre de Montesquieu

L'image de la Russie dans l'oeuvre de Montesquieu[*]

Rolando Minuti
Università di Firenze
R.Minuti, «L'image de la Russie dans l'oeuvre de Montesquieu»,
Cromohs
, 10 (2005): 1-6
< URL: http://www.cromohs.unifi.it/10_05/minuti_montruss.html >

1. En 1712 l'ingénieur anglais John Perry, à la suite de l'ambassadeur de sa majesté britannique à la cour impériale russe, Charles Whitworth, reprenait de Moscou le chemin pour revenir dans sa patrie. Il s'agissait de la conclusion d'une période de 14 ans passés en Russie, pendant lesquels ce brillant technicien et spécialiste d'ouvrages de canalisation et de contrôle des eaux, avait offert au tsar Pierre Ier ses services et ses compétences pour la réalisation d'importants ouvrages: le projet d'un canal de communication entre la Mer Caspienne et la Mer Noire; un projet pour rendre possible la navigation de la Voronej par des navires de guerre; un projet pour un canal de communication entre la Volga et Saint-Pétersbourg, et d'autres encore. Mais on ne peut pas dire que le bilan de cette longue expérience en Russie était satisfaisant, et le souvenir de toutes les entreprises commencées pendant son long séjour se traduisait, en conclusion, par une liste détaillée de récriminations. Collaboration et assistances promises et pas confirmées, divergences et démêlés avec les autorités (en particulier avec l'amiral Apraxine, principal responsable des ouvrages d'ingénierie navale), fautes commises dans la direction et la coordination des travaux, et, enfin, services non payés suivant les accords[1]. Au moment où, après la nouvelle de la ratification du traité de paix avec l'empire ottoman, en mai 1712, le tsar propose de nouveau à Perry de reprendre les projets de canalisation temporairement suspendus, il n'a plus aucune envie de poursuivre une activité mal coordonnée et mal payée, se met sous la protection de l'ambassadeur anglais Whitworth[2], et revient en Angleterre. On peut se demander la raison pour laquelle un brillant ingénieur anglais avait décidé de renoncer à sa carrière dans la Marine britannique - où il avait eu dès sa jeunesse des rôles de responsabilité - pour entreprendre cette aventure russe; la réponse nous l'avons, je crois, dans un épisode obscur de sa jeunesse. En 1693 (à l'âge de 23 ans), à la suite d'un engagement avec des corsaires français au large de Cape Clear (Irlande du Sud) le commandant de l'esqouade navale anglaise l'accusa de ne pas avoir exécuté les ordres, il fut jugé par la cour martiale et condamné à 10 ans, qu'il purgea en partie dans la prison de Southwark. On ne peut pas dire avec précision si le mémoire affligé qu'il publia en 1694 pour sa défense donna une contribution substantielle à sa grâce[3]; mais il est certain qu' en 1698 il était de nouveau en liberté, et il pouvait profiter de la possibilité d'être présenté par lord Carmarthen au tsar Pierre, qui était à Londres pendant son voyage européen. Il s'agissait probablement d'une bonne occasion pour commencer une vie nouvelle et faire oublier les plus tristes épisodes de sa jeunesse; et John Perry la saisit immédiatement, en acceptant l'invitation du tsar et en le suivant en Hollande et, ensuite, en Russie, pour travailler à ses projets ambitieux. Mais, comme nous l'avons dit, les 14 ans passés en Russie allaient lui occasionner plus d'amertumes que de satisfactions. Le but principal de son ouvrage célèbre, The Present State of the Russian Empire, publié à Londres en 1716[4], était en effet de revendiquer le travail achevé et d'obtenir (par les canaux diplomatiques appropriés) la juste reconnaissance et surtout le paiement des émoluments pour les services rendus; ensuite, une exposition détaillée des projets auxquels il avait travaillé serait utile pour enrichir son curriculum et recommencer dans sa patrie une activité d'ingénieur satisfaisante. Et on peut être certain qu'il reprit en Angleterre sa carrière avec des résultats brillants; l'année de sa mort, en 1732, nous le trouvons en effet engagé dans le projet de dessèchement des marais de Lincolnshire, où il s'était établi pendant les dernières années de sa vie, et où il était devenu un membre estimé de la Society of Antiquaries of Spalding.

2. Si ce parcours biographique et professionnel justifie sans doute la présence de Perry dans la galerie des ingénieurs anglais célèbres, réunie par Samuel Smiles dans la seconde moitié du XIXe siècle[5], il est certain que sa célébrité dans le monde littéraire du XVIIIe siècle est due surtout à l'extension de ce qui devait être à l'origine un mémoire écrit à des fins concrètes de carrière et de réparation financière et à l'ajout (suivant le conseil de "quelques amis" comme il nous le dit)[6] d'un second mémoire plus vaste - qui dans le texte garde une place à part - où il abordait d'une façon plus étendue l'examen de la réalité russe contemporaine, des moeurs et des coutumes des populations des Etats de sa majesté le tsar, de l'économie, des institutions, de la culture[7]. Un tableau large et détaillé (la formation d'ingénieur poussait systématiquement Perry à s'attarder sur beaucoup de questions techniques particulières) qui sans doute, dans les premières années du siècle, était la représentation la plus fraîche et la plus exacte de la réalité russe donnée à la culture européenne. L'édition française presque immédiate, en 1717, avec le titre L'Etat présent de la Grande Russie, les éditions suivantes et les comptes rendus, témoignent clairement d'un véritable succès; c'est le texte le plus répandu sur la Russie dans la culture française de cette période-là, et c'est le texte sur lequel Montesquieu se base pour recueillir des informations précises sur la Russie contemporaine.
Mais si cette préférence de Montesquieu est justifiée par le succès et la renommée de cet ouvrage, le texte de Perry n'est certainement pas sa seule source d'information, comme nous le dit par exemple Muriel Dodds dans sa recherche sur les récits des voyages sources de l' Esprit des Lois de Montesquieu (ouvrage qui, par ailleurs, même s'il ne s'agit pas d'un travail mis à jour, garde une utilité indiscutable)[8]. Albert Lortholary lui-même, critique acerbe des pages consacrées à la Russie par Montesquieu[9], le soulignait, en indiquant l'utilisation d'un autre texte, c'est-à-dire le rapport de voyage de Evert Ysbrandts Ides. On peut être plus précis à ce propos. Le rapport de voyage de Ysbrandts Ides, qui avait suivi la mission russe envoyée à la Chine en 1691 pour ratifier le traité qui établissait les frontières avec l'empire céleste et entamer de nouveaux pourparlers commerciaux (Ides était considéré comme un expert en la matière), fut publié pour la première fois en 1704[10]; mais quelques années avant, un autre voyageur allemand, Adam Brand, qui avait suivi Ides dans sa mission en Chine, avait anticipé la publication de ses mémoires en publiant en 1698 son propre rapport plus bref qui fut traduit en français l'année suivante[11]. La question des rapports entre les deux textes a fait récemment l'objet d'une analyse plus attentive dans l'édition du voyage de Ysbrandt Ides publiée à Stuttgart en 1999[12]. La confusion entre ces deux auteurs, en effet, a longtemps régné, à cause aussi de la similitude entre les deux noms (Isbrand et Brand), même s'il s'agit d'ouvrages en réalité très différents[13]. Mais Montesquieu est attentif à les distinguer. Quand, dans les Geographica II, il prend des annotations de lecture qui se réfèrent à la Russie, il dit clairement: " Voyage de Moscou à la Chine par M. Evert Isbrand, ambassadeur de Moscovie. *J'ai fait l'extrait de la relation du sieur Brand, son secrétaire ou compagnon de voyage"[14]. Par conséquent, parmi les sources de Montesquieu, on ne trouve pas seulement Perry mais aussi le rapport du voyage de Isbrandt Ydes fait par Adam Brand.

3. Faut-il nous arrêter ici, comme nous le dit Lortholary, pour évaluer l'information de Montesquieu sur la Russie? Nous ne le croyons pas. Même l' Histoire généalogique des Tatars écrite par le khan de Khiva Abu'l Ghazi (publiée en français en 1726)[15] donnait beaucoup de renseignements sur la Russie, et Montesquieu se montre attentif à les relever, dans les extraits qu'il fit de cet ouvrage (toujours dans Geographica II)[16]. En fait ce qui intéresse Montesqueiu, ce n'est pas tant la lecture de l'ennuyeuse chronologie historique d'Abu'l Ghazi mais plutôt les notes qu' avait ajoutées à ce texte son éditeur (un des officiers suédois resté en Russie après la bataille de Poltava, qui s'appelait Bentinck, et sur lequel nous ne savons presque rien); notes que Montesquieu apprécie beaucoup[17]. Il faut souligner qu'il s'intéresse surtout aux informations qui concernent les ouvrages de canalisation de Pierre[18] (un des aspects qui attirent tout particulièrement son attention et qui contribuaient certainement à prêter intérêt au texte de John Perry), mais aussi à la question de la servitude et de la faiblesse de la propriété de la terre en Russie[19], qui confirmait une idée du despotisme moscovite qui sera développée dans l' Esprit des Lois. Il remarque aussi, à ce propos, que le climat et le milieu russe ne sont pas tout à fait équivalents à ceux de l'Asie (en Russie, il souligne qu' il y a beaucoup de climats qui empêchent qu'il y ait une "disette générale"[20]); cela confirmait l'idée que le despotisme en Russie n'était pas intrinsèque à son milieu, que c' était un phénomène d'importation, et que la Russie, enfin, était naturellement une partie de l'Europe. Il s'agissait donc de remarques précises et pas du tout marginales dans l'équilibre général des arguments de l' Esprit des Lois, ayant un rapport particulier avec la question délicate du despotisme.
Il faut encore considérer, parmi les documents que Montesquieu cite directement, le rôle des gazettes, des gazettes hollandaises surtout, qui fournissaient des informations fraîches sur la réalité russe contemporaine; il s'agit d'une source que Montesquieu, surtout dans le Spicilège, nous montre suivre avec une attention particulière, en les résumant et quelquefois en collant directement des coupures sur les pages de son cahier. Beaucoup d'informations sur la Russie, et sur l'Europe orientale en général, venaient des gazettes hollandaises (la Gazette de Hollande ou Gazette d'Amsterdam, et la Gazette d'Utrecht). Les références à la Russie qu'on peut trouver dans l'examen des gazettes utilisées par Montesquieu sont abondantes. Il s'arrête plusieurs fois sur les questions qui concernent le commerce et la politique extérieure de la Russie à l'époque de Pierre et pendant la période suivante; il observe avec une attention particulière (Spicilège 545, 549, 550)[21] les développements de la politique russe à l'époque d' Anna Ivanovna, et les intrigues de la succession à la couronne (en utilisant dans ce cas, des journaux anglais, comme le Whitehall Evening Post , qu'il avait pu connaître pendant son voyage en Angleterre, et en collant des morceaux sur son cahier); il pourra utiliser ensuite ces lectures, et surtout le document qui concernait le bannissement des princes Dolgorouki par la reine Anne, au moment où, dans l' Esprit des Lois il s'attardera sur le problème de la lèse-majesté: “ Dans le manifeste de la feue Czarine, donné contre la famille d'Olgourouki, - écrit-il - un de ces princes est condamné à mort pour avoir proféré des paroles indécentes qui avoient du rapport à sa personne ; un autre, pour avoir malignement interprété ses sages dispositions pour l’empire, et offensé sa personne sacrée par des paroles peu respectueuses ”[22]. Et il concluait que partout où est établi le crime de lèse-majesté "non seulement la liberté n’est plus, mais son ombre même”[23]. C'était une preuve qu'en Russie, malgré les réformes de Pierre, le despotisme était toujours fort; de nouveau un thème important pour évaluer la présence de la Russie dans l' Esprit des Lois.

4. Si ces références n'étaient pas suffisantes pour enrichir l'ensemble de la documentation que Montesquieu utilisa pour consolider son information sur la réalité russe, il faudrait encore rappeler les témoignages oraux. Les colloques et les conversations ont, comme on le sait, une importance considérable dans l'information de Montesquieu, comme en témoignent ses fragments, surtout dans le Spicilège. En ce qui concerne la Russie, le rôle du prince Antioch Kantemir est suffisamment connu[24], et même Lortholary le rappelle; ambassadeur en France entre 1738 et 1744, Kantemir entre en contact avec l'abbé Guasco, et par l'intermédiaire de ce dernier, avec Montesquieu, dont il reçut des témoignages d'estime en s'engageant ensuite dans la traduction russe des Lettres persanes[25]. João Gomez da Silva, comte de Tarouca est moins connu et moins étudié. Il avait eu un rôle important pendant la Guerre de la Succession d'Espagne, et il avait été ministre plénipotentiaire pendant les négociations qui portèrent au traité d'Utrecht, en laissant de cette expérience un mémoire intéressant. En 1726, il avait été nommé ambassadeur à Vienne, et c'est dans cette ville que Montesquieu fait sa connaissance, en 1728, pendant son voyage en Autriche[26]. L'importance du comte de Tarouca n'est pas négligeable parce que c'est des conversations avec celui que vient un des textes les plus intéressants que Montesquieu ait écrits sur le tsar Pierre Ier (Spicilège 551); c'est le texte où Pierre est défini d'une façon lapidaire comme "le plus barbare de tous les hommes", un texte riche d'anecdotes sur la grossièreté, les gaffes et la véritable violence de ce souverain réformateur[27]. D'autres renseignements sur le caractère du czar Pierre étaient tiré par Montesquieu des conversations avec l'amiral danois Evert Deichman, connu lui-aussi à Vienne[28]. La conclusion que Montesquieu tire de ces anecdotes est remarquable, et touche directement certains des thèmes forts dans la réflexion sur la Russie de l' Esprit des Lois. "Ces choses et bien des semblables come qu'il ne payoit nulle part qu'il voloit tout ce qu'il voyoit montres bijoux donent une asses mauvaise idée de ce heros: il excusoit ses cruautés sur ce que sa nation estoit faite pour estre traitée ainsi mais les homes se ressemblent partout[.] ils ne sont pas icy des bestes la des anges. C'est la faute du legislateur s'ils ne valent pas mieux"[29]. La "faute du législateur" donc, et le problème, plus en général, des mesures qu'il faut adopter pour rendre réel et permanent le changement de la société et des institutions russes, et les faire sortir d'une "barbarie" dont l'image, confirmée par plusieurs récits de voyage, était consolidée dans la représentation européenne de la Russie (pas seulement française) au début du XVIIIe siècle[30] et que Montesquieu accepte sans discussion. Etait-il possible, autrement dit, de se dégager de la barbarie, et en même temps, de sortir du despotisme? Il s'agit, encore, de questions importantes de l' Esprit des Lois.
En résumé, et pour revenir à la question des sources, on peut dire que l'accusation de superficialité et de manque d'intérêt pour la Russie dont parle Lortholary est trop sevère, et mérite du moins d'être corrigée. Même dans la liste des ouvrages que Lortholary nous présente, parmi les sources que Montesquieu pouvait utiliser et dont il aurait pu obtenir des renseignements plus précis par rapport à l'ouvrage de Perry, mais qu'il n'utilisa pas, il y a quelques imprécisions; même s'il ne faut pas demander à Montesquieu une connaissance exhaustive des sources d'informations sur la Russie disponibles à son temps, il faut par exemple rappeler que La Mottraye, cité par Lortholary parmi les sources pas utilisées[31], n'est pas absent dans les lectures de Montesquieu, qui en parle en Spicilège 538[32].
Bref, ce qui va constituer le matériel pour l'élaboration des réflexions sur la Russie dans l' Esprit des Lois n'est pas une documentation hâtivement recueillie et qui témoigne de la faiblesse de l'intérêt de Montesquieu pour la Russie, mais plutôt le témoignage d'une attention durable et d'une curiosité qui, si elles n'arrivent pas au même niveau que d'autres aspects de la réflexion de Montesquieu sur la diversité des systèmes politiques et sociaux (la Chine, par exemple) ne méritent pas pour cela d'être sous-estimées. Il ne faut pas oublier, en tout cas, que la curiosité et l'érudition de Montesquieu ne sont jamais sans but, et qu'elles sont toujours liées à la recherche des éléments utiles à documenter des questions qui ont une position précise dans l'argumentation de l' Esprit des Lois.

5. Dans les Lettres Persanes, Montesquieu avait déjà arrêté son attention, dans une seule lettre mais significative, sur la réalité moscovite. L'idée du despotisme russe y était clairement établie: l'énormité de l'extension de l'empire et la fermeture aux contacts extérieurs étaient des signes caractéristiques qui en confirmaient la place dans la géographie du despotisme[33]. Mais dans les derniers paragraphes de cette lettre, il était aussi mis en évidence que dans cette réalité solidement ancrée dans un système politique et social despotique, un nouveau souverain s'était distingué, atypique et certainement perturbant pour la réalité des Etats despotiques ( qui ne tolèrent pas les changements, comme il le dit dans EL, XIX, 12[34] ) qui "a voulu tout changer [...]"." Il s'attache à faire fleurir les arts, et ne néglige rien pour porter dans l'Europe et l'Asie la gloire de sa nation, oubliée jusques ici et presque uniquement connue d'elle-même"[35]. Il a voulu déraciner d'une façon violente les moeurs, en imposant le rasage de la barbe, par exemple, et en s'opposant à l'autorité du clergé et des moines qui "n'ont pas moins combattu en faveur de leur ignorance"; un souverain"inquiet et sans cesse agité", qui "erre dans ses vastes Etats, laissant partout des marques de sa sévérité naturelle. Il les quitte, comme s'ils ne pouvaient le contenir, et va chercher dans l'Europe d'autres provinces et de nouveaux royaumes"[36].
Il s'agit d'un peu plus que de quelques coups de pinceau, qui sont cohérents cependant avec le tableau qui sera dessiné avec plus d'articulation dans les Lois. Même la référence aux rigueurs du climat russe (un climat "affreux" écrit-il)[37] est un élément significatif de lien avec l'argumentation de l' Esprit des Lois, et il s'agit d'une référence importante parce qu'elle confirme pour Montesquieu l'idée d'une différence substantielle entre le milieu de la Russie et celui qui est propre aux Etats despotiques de l'Orient ( où la chaleur énerve les fibres et produit la passivité ). Le climat froid de la Russie - dont les conséquences directes sur le tempérament et la résistance des habitants sont l'objet de remarques précises par Montesquieu dans EL XIV, 2 (où il reprend le thème de la Pensée 1199)[38] - n'est pas naturellement favorable à l'Etat despotique, et l'impatience de la noblesse moscovite à l'égard de l'autorité du prince[39] , témoignée par l'histoire russe, trouvait dans cette idée son explication. Il y avait, autrement dit, des "raisons naturelles", qui attachaient la Russie à la géographie historique de l'Europe. L'idée que la Russie fait naturellement partie du cercle des nations européennes est d'autre part précocement formulée par Montesquieu (voir surtout, à ce propos, la Pensée 318, qui est directement reprise dans les Réflexions sur la Monarchie Universelle)[40] et dans l' Esprit des Lois elle sera nettement confirmée dans un des chapitres les plus significatifs sur la Russie, c'est-à-dire EL XIX, 14, où, à propos des réformes de Pierre, il dira qu'en Russie il s'agissait de donner "les moeurs et les manières de l'Europe à une nation d'Europe"[41]. Le despotisme russe trouvait plutôt son explication dans les cycles des conquêtes et des dominations qui avaient marqué l'histoire russe, et surtout dans l'influence tartare; et, à d'autres endroits de l' Esprit des Lois Montesquieu avait voulu montrer, non sans difficulté, le caractère exceptionnel de l'Etat politique des peuples nomades de l'Asie centrale, qui étaient des peuples pasteurs mais qui, contrairement aux peuples barbares de l'Europe du Nord, n'avaient pas été porteurs d'institutions libres et d'une notion d'autorité souveraine partagée et limitée, mais plutôt d'une autorité absolue et du despotisme[42]. C'est justement cette histoire de mélanges de populations et de moeurs que Montesquieu met en évidence (EL, XIX, 14) pour soutenir qu'en Russie le despotisme n'était pas un produit naturel mais le résultat de l'histoire, et que de cela venaient les moeurs des Russes, profondément marquées par l'expérience du despotisme[43].

6. Il s'agit d'un passage important dans l'argumentation de Montesquieu, qui lui permet de donner une cohérence à son tableau, et de trouver une clef explicative efficace pour évaluer l'oeuvre réformatrice de Pierre Ier. Le tsar, avec son plan violent pour la réforme des institutions et des coutumes russes, avait sérieusement péché par excès ("Je disais: “Le Czar n'était pas grand; il était énorme” écrit-il dans la Pensée 1373)[44]. Un excès qui n'était pas simplement une marque de la "barbarie" moscovite de Pierre, qui le liait à la tradition des princes violents et sanguinaires de l'histoire russe, et qui n'illustrait pas seulement un caractère impétueux dont Montesquieu pouvait citer beaucoup d'anecdotes, mais qui était un élément important pour expliquer un important échec politique. Même s'il montre qu'il apprécie les aspects concrets de l'oeuvre d'occidentalisation de Pierre, le centre de son jugement tourne autour du principe qu'il soutient dans EL, XIX, 14. Si les lois, écrit-il, sont "les institutions particulières du législateur", les moeurs et les coutumes sont "des institutions de la nation en général"[45]. Penser changer les moeurs et les coutumes - qui ont une stratification lente et qui deviennent, au fil du temps, l'élément fondamental de l'identité d'une nation - par la force des lois, n'était pas seulement "tyrannique" et, dans le cas de la Russie, inutilement violent[46], mais surtout cela aurait comporté des conséquences qui ne correspondaient pas aux buts qu'on pouvait souhaiter; les réactions et les reflux, pouvons-nous ajouter pour commenter les remarques de Montesquieu, auraient été aussi rapides et radicaux que les réformes introduites.
Pierre pouvait agir plus efficacement sur la base de l'appartenance (que Montesquieu reconnaît clairement, comme nous l'avons dit) de la réalité russe au monde européen, et opérer d'une façon plus lente et progressive, avec la certitude de pouvoir obtenir des résultats plus durables. Dans ce chapitre, en effet, le bilan de l'œuvre de Pierre n'est pas remis en question: il a réellement "policé" la Moscovie, et la rapidité des changements est ici mise en évidence pour montrer qu'il y avait en Russie des conditions favorables aux réformes et que la violence des mesures de Pierre, était, en conclusion, inutile[47]. Mais ce que nous avons remarqué à propos des conséquences qui pouvaient dériver du changement des moeurs par les lois et non par d'autres moeurs, est important pour expliquer une des données les plus problématiques dans la représentation de la Russie dans l' Esprit des Lois. "Voyez, je vous prie, - écrit-il dans EL, V, 14 - avec quelle industrie le gouvernement moscovite cherche à sortir du despotisme, qui lui est plus pesant qu'aux peuples mêmes. On a cassé les grands corps des troupes; on a diminué les peines des crimes; on a établi des tribunaux; on a commencé à connaître les lois; on a instruit les peuples. Mais il y a des causes particulières, qui le ramènereont peut-être au malheur qu'il voulait fuir"[48]. Et beaucoup plus loin dans l' Esprit des Lois (EL, XXII, 14) il revient sur le même argument, avec des mots encore plus lapidaires: "La Moscovie voudrait descendre de son despotisme, et ne le peut"[49]. C'est le point le plus délicat du discours de Montesquieu, et l'expression de l'idée que l'époque des réformes de Pierre, pas en dépit mais justement à cause de la violence de Pierre, de l'erreur méthodologique de faire prévaloir le changement des moeurs par les lois sur le changement des moeurs par les exemples, n'avait pas produit les résultats qu'on pouvait juger enracinée dans la réalité russe. Après Pierre, la Russie reprenait rapidement son caractère traditionnel, et le retour de l'ancien visage de la société et de la politique russe se manifestait avec des signes clairs.
S'il était possible de trouver une solution à ce problème, qui soit cohérente avec l'argumentation générale de Montesquieu - sans se limiter à signaler ses contradictions et la difficulté de les résoudre, comme le firent beaucoup de critiques contemporains - je crois qu'on peut le faire en rappelant toujours les phrases de EL, XIX, 14. Entre les temps du changement social et civil, qui correspond aux temps du changement des moeurs et de la mentalité, et les temps du changement politique et institutionnel, il n'y a pas de correspondance directe. Les "exemples", comme le dit Montesquieu, et l'introduction dans la société et dans l'économie d'agents de changement qui peuvent modifier lentement mais progressivement le tissu profond de la société, sont plus efficaces, à moyen et à long terme, des transformations violentes, et demandent une mesure et une intelligence du législateur qui vont bien au-delà de l'image brillante et fascinante des réformes radicales de Pierre. "En général,- écrit-il encore dans EL XIX, 14 - les peuples sont très attachés à leurs coutumes; les leur ôter violemment, c' est les rendre malheureux: il ne faut donc pas les changer, mais les engager à les changer eux-mêmes"[50]; si ces changements n'ont pas le temps de mûrir et de modifier en profondeur le caractère et la morale d'un peuple, l'attraction fatale du despotisme - c'est la leçon que l'on peut tirer de ces pages de Montesquieu - se révélera toujours, comme dans le cas de la Russie d'après Pierre, une perspective inévitable.

[*] Communication presenté au congrès international «Les Lumières européennes et la civilisation de Russie» (Saratov, 3-5 septembre 2001); publiée (en russe) dans Les Lumières européennes et la civilisation de la Russie, Moscou, Nauka, 2004, pp.31-41. Il s'agit du resultat provisoire d'une recherche toujours en cours.

[1] Une description précise de ces démêlés est présente dans la première partie de Jean Perry, État présent de la grande Russie. Contentant une Relation de ce que S.M. Czarienne a fait de plus remarquable dans ses Estats, & une description de la Religion, des Mœurs, &c. tant des Russiens, que des Tartares, & autres Peuples voisins, La Haye, Jean Dusauzet, 1717, pp.1-55.

[2] Charles Whitworth est aussi l'auteur d'un intéressant mémoire sur la Russie à l'âge de Pierre le Grand, c'est-à-dire An Account of Russia as it was in the year 1710, Strawberry Hill, 1758 (traduction russe, par le soin de M. P. Iroshnikov, Moskva-Leningrad, Institut istorii SSSR, 1988).

[3] Son mémoire fut publié dans l'appendice d'un pamphlet dont le titre était A Regulation for Seamen, etc., ... By J. Perry, late Captain of the Signet-Fireship. To which is added, a narrative of his case relating to his loss of the said ship, etc., London, 1695 (le pamphlet, gardé chez la British Library de Londres, est daté 18 déc. 1694).

[4] John Perry, The state of Russia, under the present czar. In relation to the several great and remarkable things he has done, as to his naval preparations, the regulating his army, the reforming his people, and improvement of his country, etc., London, B. Tooke, 1716.

[5] Voir Samuel Smiles, Lives of the Engineers, with an account of their principal works; comprising also a history of inland communication in Britain. With portraits, etc., 3 vol. London, 1861-62 (vol.I, pp.73-82). Voir aussi Dictionary of National Biography, ad vocem.

[6] J. Perry, État présent cit., p.57.

[7] La Relation plus ample & lus détaillée de la Grande Russie occupe les pp.56-271 de l' État présent cit.

[8] M. Dodds, Les récits de voyages sources de l'Esprit des Lois de Montesquieu, Genève, Slatkine, 1980, (reprint de la Ière éd., Paris, 1929), p.111.

[9] Voir A. Lortholary, Le Mirage russe en France au XVIIIe siècle, Paris, Éditions Contemporaines, 1951, pp.33-38; voir aussi D.S. von Mohrenschildt, Russia in the intellectual life of eighteenth-century France, New York, Octagon Books, 1972 (Ière éd., New York, 1936), pp.238-239 et passim.

[10] Evert Ysbrants Ides, Driejaarige reize naar China te lande, gedaan door den moskovischen afgezant, E. Ysbrandts Ides, van Moskou af, over groot Ustiga, Siriania, Permia, Sibirien, Daour, groot Tartaryen, tot in China, etc., Amsterdam, F. Halma, 1704. Trad.anglaise, Three years Travels from Moscow over-land to China, thro' Great Ustiga, Siriania, Peemia, Siberia, Daour, Great Tartary &c., to Peking, etc., London, W. Freeman, 1706. La première traduction française de ce texte fut insérée dans le tome VIII du Recueil de voyages au Nord, par J.-F-Bernard, Amsterdam, 1727.

[11] Adam Brand, Relation du voyage de Mr Evert Isbrand, envoyé de Sa Majesté czarienne à l'empereur de la Chine, en 1692, 93, & 94 ... Avec une lettre de Monsieur ***, sur l'état présent de la Moscovie, Amsterdam, J.-L. de Lorme, 1699.

[12] Voir Beschreibung der dreijährigen chinesischen Reise. Die russische Gesandtschaft von Moskau nach Pekin 1692 bis 1695 in den Darstellungen von Eberhard Isbrand Ides und Adam Brand, hrsg., eingeleitet und kommentiert von Michael Hundt, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1999; voir en parliculier "Einleitung", pp.1-102.

[13] Voltaire, par exemple, dans Histoire de l'empire de Russie, cite d'une façon erronée l'ambassadeur danois "Ilbrand Ide"; voir oeuv. cit. dans Voltaire, Oeuvres historiques. Édition établie et annotée par Renée Pomeau, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1957, p.411.

[14] Voir Montesquieu, Oeuvres complètes, éd. A.Masson, 3 tomes, Paris, Nagel, t.II (Geographica), 1950, p.924. Dans le texte des Géographica II de l'édition Masson, établi par F.Weil, on a compris seulement la note de Montesquieu, et pas l'extrait de l'ouvrage (ff. 22r - 24v), que Montesquieu a lû sur le texte du tom VIII des Voyages du Nord cit. Le manuscrit des Geographica II est actuellement à la Bibliothèque Municipale de Bordeaux, fonds La Brède, ms.2507; une nouvelle édition critique des Geographica II, (t.16 des Oeuvres complètes de Montesquieu publiées par la Voltaire Foundation) est en cours de publication.

[15] Abu'l Ghazi, Histoire généalogique des Tatars traduite du Manuscript Tartare d'Abulgasi Bayadur Chan, par D*** [i.e. Bentinck], Leyde, Abraham Kallewier, 1726.

[16] Voir Geographica II, ff.259r-286v. Transcription partielle dans l'édition Masson cit., t.II, pp.951-953.

[17] "*Tout cet ouvrage est très-ennuyeux, c'est un détail infini de petites guerres, de petits princes et de petites révolutions [...], mais les remarques sont curieuses et judicieuses", ibid., p.953.

[18] Voir surtout Geographica II, mss cit., f.285r.

[19] "Les païsans y etant esclaves, les gentilshommes qui ne s'attachent pas a leurs terres parce que le Czar peut leur oter a tous les instans ruinent les paysans que les exacteurs du Czar viennent achever, et les maltraitent tellement qu'il en est sorti plus de deux cens mille sujets depuis 10. ou 12. ans, qui furent en Pologne, Turquie, Caucase, Georgie meme chez les Calmouks; ce qui n'arriveroit pas si le gentilhomme etoit tenu a la contribution pour ces païsans comme il se pratique dans les provinces d'Allemagne ou les sujets sont esclaves; car au fond en Russie ces tributs sont mediocres, mais la maniere de les lever est insuportable p. 726" (Geographica II, mss cit., ff. 285v-286r).

[20] "Ce païs etant sous differens climats n'essaye jamais une disette generale. Peu de païs au dela du 60e degré dans la Russie ou les grains murissent, mais au dessous fertilité. Vers le Don et Palus Meotide païs bon pour la vigne vers Astrakan les muriers bien. Les raisins bons, le vin sans force, rivieres de toutes parts" (ibidem).

[21] Voir Montesquieu, Spicilège, édite par R.Minuti et annoté par S.Rotta, (Oeuvres complètes de Montesquieu, t.13, Oxford, Voltaire Foundation - Napoli, Istituto Italiano per gli studi filosofici, 2002).

[22] Montesquieu, De l'Esprit des Lois. Introduction, chronologie, bibliographie, relevé de variantes et notes par Robert Derathé, 2 voll., Paris, Garnier, 1973 [cité dans les pages suivantes avec la sigle EL], l. XII, chap. 12; t. I. pp.212-213.

[23] Ibid., p. 212.

[24] Voir surtout, à ce propos, M. Ehrhard, Le prince Cantemir à Paris (1738-1744), Paris, Les Belles Lettres, 1938.

[25] Voir ibid., p.202

[26] Voir Montesquieu, Voyages dans Oeuvres complètes cit., t. II, p.971, où il parle de ses rapports avec le comte de Tarouca "homme fort estimé, et même de l'Empéreur, à qui il avoit rendu des services lorsqu'il n'étoit que Charles III, en Portugal; homme aimable, affable, caressant, sensé, beaucoup d'esprit".

[27] Montesquieu, Spicilège cit., pp.487-490.

[28] Voir Spicilège cit., n.553, pp.491-492. Voir aussi Voyages cit., p.974.

[29] Spicilège cit., n. 551, p.489.

[30] Voir, à ce propos, Michel Mervaud et Jean-Claude Roberti, Une infinie brutalité. L'image de la Russie dans la France des XVIe et XVIIe siècles, Paris, Institut d'Études Slaves, 1991; voir aussi Lloyd E.Gerry and Robert O.Crummey, eds., Rude and Barbarous Kingdom. Russia in the Accounts of Sixteenth-Century English Voyagers, Madison and London, The University of Wisconsin Press, 1968.

[31] Voir A.Lortholary, Le mirage russe cit., p.289 n.30.

[32] Voir Spicilège cit., pp.473-474. L'utilisation par Montesquieu de la Relation de Moscovie du duc de Berwick et de Liria, fils du maréchal de Berwick (Lortholary, Le mirage russe cit., p.288, note 23) est plus difficile à demontrer.

[33] Voir Montesquieu, Lettres Persanes, édition de Paul Vernière, Paris, Garnier, 1960, lettre LI, pp.107-110.

[34] "C'est une maxime capitale, qu'il ne faut jamais changer les moeurs et les maximes dans l'État despotique; rien ne serait plus promptement suivi d'une révolution" (EL, XIX, 14; t.I, p.334).

[35] Montesquieu, Lettres Persanes cit., p.110.

[36] Ibidem.

[37] "A voir le climat affreux de la Moscovie, on ne croirait jamais que ce fût une peine d'en être exilé; cependant, dès qu'un grand est disgracié, on le relègue en Sibérie" (ibid., p.107).

[38] "C'est la costitution du climat qui faity les coutumes. Les Moscovites, qui ont le sang fort épais, ne sont pas incommodés de l'usage de l'eau-de-vie: au contraire, elle est leur nécessaire; cela brûlerait et allumerait le sang d'un Italien ou d'un Espagnol. Il leur faut des châtimens sevères et les écorcher pour les faire sentir. Autre effet de la grossièreté du sang qui n'a pas d'esprits" (Pensées, n.1199, dans Montesquieu, Oeuvres complètes cit., t.II, p.320). Cf. EL, XIV, 2 (t.I, pp.247-248) où Montesquieu dit que "les grands corps et les fibres grossières des peuples du nord sont moins capables de dérangement que les fibres délicates des peuples des pays chauds; l'âme y est donc moins sensible à la douleur. Il faut écorcer un Moscovite pour lui donner du sentiment".

[39] "Que la noblesse moscovite ait été réduite en servitude par un de ses princes, on y verra toujours des traits d'impatience que les climats du Midi ne donnent point" (EL XVII, 3; t.I, p.298).

[40] "Les choses sont telles en Europe que tous les États dépendent les uns des autres. La France a besoin de l'opulence de la Pologne et le la Moscovie, comme la Guyenne a besoin de la Bretagne et la Bretagne, de l'Anjou. L'Europe est un État composé de plusieurs provinces" (Pensées cit., n.318, p.134). Cf. Réflexions sur la monarchie universelle en Europe, texte établi et présenté par F.Weil. Introduction et commentaires de C.Larrère et F.Weil, Oeuvres complètes de Montesquieu, t.2, Oxford, The Voltaire Foundation, 2000, chap.XVIII, p.360.

[41] EL XIX, 14, t.I, p.336.

[42] Je me permets de renvoyer, à ce propos, au chap. 2, pp.63-93, de mon livre Oriente barbarico e storiografia settecentesca. Rappresentazioni della storia dei Tartari nella cultura francese del XVIII secolo, Venezia, Marsilio, 1994.

[43] "Ce qui rendit le changement plus aisé, c'est que les mœurs d'alors étaient étrangères au climat, et y avaient été apportées par le mélange des nations et par les conquêtes" (EL, XIX, 14; t.I. p.336). Une marque typique du despotisme était, en Russie, l'absence d'une idée de l'honneur, dont Montesquieu parle en EL, III, 8 (t.I, pp.32-33), que vient de la lecture de J.Perry (voir État présent de la grande Russie cit., p.208). Toujours la lecture de l'œuvre de Perry avait fait dire à Montesquieu que "les Moscovites se vendent très aisément. J'en sais bien la raison - souligne Montesquieu -: c'est que leur liberté ne vaut rien" (EL, XV, 6; t.I, p.266).

[44] Pensées cit., n.1373, p.408.

[45] EL, XIX, 14; t.I, p.335.

[46] Voir, à ce propos, les observations sur la loi qui obligeait le coupage de la barbe et des habits: "La loi qui obligeait les Moscovites à se faire couper la barbe et les habits, et la violence de Pierre Ier , qui faisait tailler jusqu'aux genoux les longues robes de ceux qui entraient dans les villes, étaient tyranniques. Il y en a des moyens pour empêcher les crimes: ce ne sont les peines; il y en a pour faire changer les manières: ce sont les exemples" (EL, XIX, 14; t.I, p.336).

[47] "La facilité et la promptitude avec laquelle cette nation s'est policée ont bien montré que ce prince avait trop mauvaise opinion d'elle, et que ces peuples n'étaient pas des bêtes, comme il le disait. Les moyens violents qu'il employa étaient inutiles; il serait arrivé tout de même à son but par la douceur" (ibid.). Un exemple clair de cette facilité était donné par les changements dans la condition des femmes; cf. ibid.

[48] EL, V, 14; t.I, p.68.

[49] EL, XXII, 14; t.II, p.87.

[50] EL XIX, 14; t.I, p.336.



DOI: http://dx.doi.org/10.13128/Cromohs-15609



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